Qu’est-ce qu’un saut avec contre-mouvement, et pourquoi les entraîneurs le mesurent-ils ?
Cette page est traduite de la version originale en anglais.
Le saut avec contre-mouvement est le test de terrain le plus utilisé pour évaluer la fonction neuromusculaire des membres inférieurs. Ce qu’il mesure, à quel point il est répandu et ce à quoi il est associé selon les données scientifiques.
Un saut avec contre-mouvement (CMJ, countermovement jump) est un saut vertical maximal qui part de la position debout. L’athlète descend rapidement, puis inverse le mouvement en une poussée explosive, sans marquer de pause en bas. Cette descente est le contre-mouvement.
À quel point il est répandu
Une revue systématique des protocoles de test dans le football masculin d’élite a trouvé le CMJ mains sur les hanches dans environ quatre études sur cinq consacrées à la puissance, soit deux fois plus souvent que le test suivant de la liste. Le résultat rapporté était presque toujours la hauteur de saut 1.
Ce que mesure le CMJ
Trois phases se succèdent, et chacune laisse une trace sur la courbe force-temps :
- La décharge. L’athlète laisse ses hanches et ses genoux fléchir, et le corps descend. La force exercée sur le sol passe sous le poids du corps.
- Le freinage. La descente est stoppée. La force augmente vite, et dépasse souvent deux fois le poids du corps.
- La propulsion. La force reste au-dessus du poids du corps, et le corps accélère jusqu’à ce que les pieds quittent le sol.
La hauteur atteinte dépend de la force avec laquelle vous poussez sur le sol et de la durée de cette poussée, divisées par votre masse. La hauteur de saut, la vitesse de décollage et l’impulsion nette sont trois façons de lire cette même grandeur, et non trois mesures distinctes.
Les noms standard des phases (pesée, décharge, freinage, propulsion, vol et réception) viennent de l’article Understanding the Key Phases of the Countermovement Jump Force-Time Curve 2, que suivent la plupart des logiciels de plateforme de force.
Ce à quoi la performance au CMJ est associée
Le sprint. Parmi 17 footballeurs internationaux, ceux qui sautaient le plus haut étaient aussi les plus rapides sur 10 et 30 mètres 3. La même tendance, plus faible, est apparue chez 50 hommes actifs en bonne santé, pour les sprints en ligne droite comme pour les changements de direction 4.
La force. Parmi ces mêmes 17 joueurs internationaux, ceux qui soulevaient le plus lourd en demi-squat sautaient aussi le plus haut 3.
Sauter plus haut ne rend pas un athlète plus rapide. Les deux viennent de la même qualité : la capacité à produire de la force rapidement.
Suivi de la fatigue
Le CMJ sert mieux à suivre un même athlète dans le temps qu’à classer des athlètes les uns par rapport aux autres.
Cormack et ses collègues ont testé 22 joueurs d’élite de football australien à sept moments autour d’un match. Le rapport entre temps de vol et temps de contraction a baissé après le match. C’était la seule mesure encore en baisse deux jours plus tard, alors que toutes les autres étaient revenues à la normale 5. Dans un autre groupe de 15 joueurs suivis pendant une saison entière, ce même rapport était en baisse lors de plus de la moitié des jours de test 6.
Le saut que vous notez change la réponse. Une revue regroupant 151 études a montré que le meilleur saut pris seul ne bougeait presque pas avec la fatigue, alors que la moyenne des sauts d’un athlète variait nettement et révélait aussi la récupération qui suivait. La plupart de ces études avaient utilisé le meilleur saut 7.
Gathercole et ses collègues ont soumis des athlètes universitaires à un protocole de course intermittente à haute intensité, puis les ont retestés immédiatement après, le lendemain et trois jours plus tard. Au troisième jour, la hauteur de saut était revenue à son niveau de base, mais le saut prenait plus de temps à exécuter. Leur conclusion, mot pour mot : l’approche habituelle « may overlook a number of key fatigue-related changes » (peut passer à côté de plusieurs changements clés liés à la fatigue) 8.
La hauteur de saut peut rester la même alors que la façon de la produire change : l’athlète descend plus bas et met plus de temps. Un rapport de saut doit donc présenter le temps et la force, pas seulement des centimètres.
Usage clinique et chez les personnes âgées
Un saut permet de voir rapidement la puissance qu’une personne âgée conserve dans ses jambes. Des chercheurs ont proposé des valeurs seuils en dessous desquelles une sarcopénie (la perte musculaire liée à l’âge) ou des difficultés à se déplacer sont probables. Ces seuils ont été vérifiés sur un groupe américain et un groupe coréen de personnes âgées vivant à domicile 9.
À lire ensuite
- Comment Honest Jump mesure un saut explique d’où vient chaque chiffre et quelle est sa marge d’erreur.
- Ce que signifient les chiffres présente le rapport lui-même, chiffre par chiffre.
Références
- Asimakidis ND, Bishop CJ, Beato M, et al. (2024). Assessment of Strength and Power Capacities in Elite Male Soccer: A Systematic Review of Test Protocols Used in Practice and Research. Sports Medicine 54(10):2607–2644. doi:10.1007/s40279-024-02071-8
- McMahon JJ, Suchomel TJ, Lake JP, Comfort P (2018). Understanding the Key Phases of the Countermovement Jump Force-Time Curve. Strength and Conditioning Journal 40(4):96–106. doi:10.1519/SSC.0000000000000375
- Wisløff U, Castagna C, Helgerud J, Jones R, Hoff J (2004). Strong correlation of maximal squat strength with sprint performance and vertical jump height in elite soccer players. British Journal of Sports Medicine 38(3):285–288. doi:10.1136/bjsm.2002.002071
- Suarez-Arrones L, Gonzalo-Skok O, Carrasquilla I, et al. (2020). Relationships between Change of Direction, Sprint, Jump, and Squat Power Performance. Sports 8(3):38. doi:10.3390/sports8030038
- Cormack SJ, Newton RU, McGuigan MR (2008). Neuromuscular and endocrine responses of elite players to an Australian rules football match. International Journal of Sports Physiology and Performance 3(3):359–374. doi:10.1123/ijspp.3.3.359
- Cormack SJ, Newton RU, McGuigan MR, Cormie P (2008). Neuromuscular and endocrine responses of elite players during an Australian rules football season. International Journal of Sports Physiology and Performance 3(4):439–453. doi:10.1123/ijspp.3.4.439
- Claudino JG, Cronin J, Mezêncio B, et al. (2017). The countermovement jump to monitor neuromuscular status: A meta-analysis. Journal of Science and Medicine in Sport 20(4):397–402. doi:10.1016/j.jsams.2016.08.011
- Gathercole R, Sporer B, Stellingwerff T, Sleivert G (2015). Alternative countermovement-jump analysis to quantify acute neuromuscular fatigue. International Journal of Sports Physiology and Performance 10(1):84–92. doi:10.1123/ijspp.2013-0413
- Hong N, Siglinsky E, Krueger D, et al. (2021). Defining an international cut-off of two-legged countermovement jump power for sarcopenia and dysmobility syndrome. Osteoporosis International 32(3):483–493. doi:10.1007/s00198-020-05591-x